Plateforme africaine de développement des marchés pastoraux (APMD)
Bureau panafricain de l'Union africaine pour les ressources animales
AU-IBAR APMD Platform
Brief national sur la contribution socio-économique de l'élevage
Tchad
Contribution socio-économique de l'élevage au Tchad
Août 2026

Ce brief a été préparé sous le Pilier écosystème de données de l'APMD, avec le concours d'experts nationaux et du personnel technique de l'AU-IBAR. Il synthétise les données existantes et ne constitue pas un nouvel exercice de collecte de données primaires.

Messages clés
  • Au Tchad, l'élevage est un pilier fondamental de l'économie ; il contribue officiellement à hauteur de 18% du PIB en valeur ajoutée directe, jusqu'à ~53% sur l'ensemble de la chaîne de valeur incluant l'autoconsommation (BAD/PAPCVL) et plus de 50% des exportations hors pétrole. Cependant, ce pourcentage est probablement sous-estimé en raison de plusieurs facteurs structurels, qui sont entre autres : le commerce informel, la fonction d'épargne, l'autoconsommation.
  • On estime que 3.5-4 millions de personnes (~18-20% de la population tchadienne de 20,3 millions, 2024) sont des pasteurs ; l'élevage fournit un revenu à ~40% de la population totale et emploie ~80% de la population rurale active. Le Tchad compte 1,406,704 ménages pastoraux, dont 18% sont dirigés par des personnes de sexe féminin.
  • Les lacunes de données nationales et institutionnelles — la faible couverture des enquêtes ménage en zones pastorales, la non-comptabilisation des flux commerciaux informels et de l'autoconsommation des éleveurs — limitent la reconnaissance formelle des contributions pastorales, entravant ainsi l'élaboration de politiques et d'investissements publics adaptés.
  • Combler ces manques ou insuffisances de données est une priorité stratégique pour quantifier l'apport réel des pasteurs et intégrer pleinement le secteur dans les stratégies de développement national.
  • Le troisième Recensement Général de la Population et de l'Habitat, officiellement lancé le 20 juin 2026, constitue une base essentielle pour combler ces lacunes.
Section 01
Contexte national et aperçu de l'élevage

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Le secteur de l'élevage dans l'économie nationale
FIG-GDP — Livestock's contribution to the economy — Tchad
Figure Livestock's contribution to the economy. Source and year shown on the figure face.

Au Tchad, l'élevage est souvent qualifié de « seconde mamelle » de l'économie après le pétrole. Sa contribution est vitale pour la stabilité socio-économique, bien que son poids statistique varie selon les sources et les méthodologies de calcul.

Les estimations de part dans le PIB National varient de 18% du PIB en valeur ajoutée directe, jusqu'à ~53% sur l'ensemble de la chaîne de valeur incluant l'autoconsommation (BAD/PAPCVL). Des rapports récents de l'INSEED indiquent une croissance moyenne de l'activité élevage et chasse de 5.9% sur la période 2019-2022.

  • L'élevage domine le secteur rural et représente environ 37% à 53% du PIB agricole.
  • Le secteur génère environ 30% des exportations totales du pays et plus de 50% des exportations hors pétrole.
  • Il fait vivre environ 40% de la population totale et plus de 70% de la population rurale.
  • Les comptes nationaux tchadiens, bien qu'ayant migré vers le SCN en 2008, font face à des défis méthodologiques majeurs.

    Le Tchad exporte presque exclusivement des animaux vivants : les exportations de viande (131 000 USD) représentent ~1/740e des exportations d'animaux vivants (97 millions USD), indiquant une quasi-absence de valeur ajoutée domestique de transformation. Les exportations de bétail du Tchad ont franchi un cap historique pour s'établir à 220 milliards de FCFA (environ 360 millions de dollars US) selon les données officielles consolidées de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC). Les douanes enregistrent 56 milliards FCFA d'exportations formelles d'animaux vivants (Tableau 8), dont 35,7 milliards (64%) vers le Cameroun ; les 220 milliards FCFA de la BEAC sont une estimation consolidée incluant le commerce informel — les deux chiffres ne sont pas directement comparables.

    Les lacunes de données nationales et institutionnelles citées ci-dessus limitent la reconnaissance formelle des contributions pastorales, entravant ainsi l'élaboration de politiques et d'investissements publics adaptés.

    La véritable valeur économique du pastoralisme reste sous-estimée, ce qui occulte son rôle crucial dans la sécurité alimentaire et les chaînes de valeur régionales.

    Combler ces manques ou insuffisances de données est une priorité stratégique pour quantifier l'apport réel des pasteurs et intégrer pleinement le secteur dans les stratégies de développement national.

    Tableau 1 : Aperçu de l'élevage au Tchad
    Indicateur Valeur Année Source officielle
    PIB national (USD courants) $20.63 milliards 2024 Banque mondiale
    Agriculture % du PIB 32.15% 2024 Banque mondiale
    Élevage % du PIB ~18% 2024 BAD, PAPCVL
    Élevage % du PIB agricole ~56% 2024 Banque mondiale
    PIB de l'élevage (USD courants) ~$3.71 milliards 2024 Banque mondiale
    Population totale de bovins ~41,749,703 2025 RGE, DRSE
    Population totale d'ovins ~56,668,519 2025 RGE, DRSE
    Population totale de caprins ~55,591,608 2025 RGE, DRSE
    Population totale de camélidés ~12,132,800 2025 RGE, DRSE
    Population rurale/agricole ~14.8 millions 2024 75-80% du total, estimation IFAD/BAD
    % de la population rurale/agricole ~75-80% 2024 IFAD / BAD
    Systèmes de production animale au Tchad

    Au Tchad, il existe une diversité de systèmes d'élevage de ruminants domestiques. Une classification basée sur le degré de mobilité des éleveurs et de leur bétail, le niveau d'association de l'agriculture à l'élevage ainsi que le mode de conduite et d'occupation de l'espace permet d'en distinguer deux principaux : le système pastoral et le système agropastoral. À ces deux systèmes extensifs à divers degrés, s'ajoutent les agri-éleveurs (agriculteurs possédant quelques animaux) et les systèmes périurbains orientés vers l'intensification (fermes), qui sont très minoritaires. Des études de caractérisation des systèmes d'élevage et surtout d'estimation de leur importance et de leurs performances manquent cruellement (Hiernaux et al., 2021).

    L'élevage au Tchad représente un pilier économique majeur qui contribue à plus de 50% du PIB du secteur rural. La gestion du cheptel national (estimé à plus de 100 millions de têtes de bétail) repose sur une grande diversité de systèmes de production dictés par les zones agroécologiques du pays.

    Système pastoral (extensif et mobile)

    Ce système repose entièrement sur la mobilité des troupeaux (transhumance et nomadisme) pour exploiter les ressources naturelles en eau et en pâturages. L'agriculture y est quasi-inexistante ou secondaire. Les espèces concernées par ce système sont les bovins au centre-sud, les camelins au nord, les ovins et caprins sur tout le territoire. Il concentre environ 80% du cheptel national.[1] Il se subdivise en nomadisme de grande amplitude (nord-saharien, ≈11%) et en transhumance saisonnière (sahélo-soudanienne, ≈21%).

    Système agropastoral

    Ce système associe l'élevage mobile à une agriculture pluviale de subsistance. Les éleveurs pratiquent de courtes transhumances et cultivent des céréales (mil, sorgho) autour de leurs points d'attache (terroirs). Ce système gère une part significative de la catégorie sédentaire/faible amplitude, estimée globalement entre 10 et 15% du cheptel national.

    Système mixte agriculture-élevage (sédentaire)

    Pratiqué principalement en zone soudanienne (au Sud), où l'agriculture est l'activité principale. Les agriculteurs possèdent de petits troupeaux sédentaires utilisés pour la traction animale, la production de fumier et l'épargne. Ce système représente environ 5 à 8% du cheptel global, mais détient une proportion importante des animaux de trait.

    Système intensif et périurbain

    Localisé autour des grandes agglomérations urbaines (comme N'Djaména), ce système s'oriente vers la commercialisation rapide. Il inclut l'embouche bovine/ovine intensive et des fermes laitières modernes. Très minoritaire, ce modèle représente moins de 1 à 2% du cheptel national, mais progresse rapidement en raison de la demande urbaine.

    Principaux groupes pastoraux et répartition géographique

    Les dynamiques de l'élevage tchadien sont profondément liées à des groupes ethniques et culturels spécialisés, répartis du Nord au Sud du territoire selon les isohyètes :

    Tableau 2 : Principaux groupes ethniques

    Zones agroécologiques Principaux groupes ethniques
    Zone saharienne (Nord) Goranes (Toubou, Daza) & Berbères, Zaghawa
    Zone sahélienne (Centre) Arabes, Kanembou & Boudouma
    Zone soudanienne (Sud) Mobilité saisonnière des Peuls (Mbororo)
  • Les Goranes (Toubou, Anakaza, Daza) : Présents dans la zone saharienne et septentrionale (Borkou, Ennedi, Tibesti, Kanem, Barh El Gazel). Ils sont majoritairement des éleveurs de dromadaires et de petits ruminants, adaptés aux milieux hyperarides.
  • Les Arabes pastoraux (éleveurs de bovins ou « Baggara », éleveurs de chameaux ou « Abbala ») : Ils occupent une immense bande au centre du pays (Ouaddaï, Batha, Chari-Baguirmi, Hadjer-Lamis, Salamat). Ils gèrent la majeure partie du cheptel bovin et pratiquent la grande transhumance vers le sud pendant la saison sèche.
  • Les Peuls (Mbororo, Foulbé) : Traditionnellement mobiles, ils circulent principalement dans la zone sahélienne méridionale et la zone soudanienne (Mayo-Kebbi, Logone, Moyen-Chari). Leurs mouvements s'étendent de plus en plus vers l'extrême sud en raison du changement climatique.
  • Les Zaghawa et Bideyat : Localisés dans l'Est et le Nord-Est du pays (régions de l'Ennedi et du Wadi Fira). Ce sont des pasteurs spécialisés dans l'élevage de petits ruminants et de dromadaires.
  • Les Kanembou et Boudouma : Établis principalement dans la région du Lac Tchad, ils exploitent les pâturages insulaires et gèrent notamment la race bovine locale Kouri (caractérisée par ses cornes hypertrophiées flottantes).
  • Population animale et tendances
    FIG-HERD-COMP — Herd composition, latest year (by head) — Tchad
    Figure Herd composition, latest year (by head). Source and year shown on the figure face.

    Le Tchad est un grand pays d'élevage, avec l'un des plus grands cheptels nationaux de sa région, estimé en 2021 à 134,351,938 têtes de bétail selon les données actualisées par le Bureau du Recensement Général de l'Élevage (actuelle DRSE). Ce cheptel est réparti par espèces dans le tableau ci-dessous :

    Tableau 3 : Répartition du cheptel selon le système de production
    ESPECES Sédentaire Transhumant Nomade Ferme Ensemble
    Effectif %
    Bovins 16,900,896 5,227,760 2,760,013 3,429 24,892,098 27.0
    Ovins 18,700,944 3,211,190 4,522,387 1,649 26,436,170 28.7
    Caprins 25,798,311 2,071,239 2,649,389 410 30,519,349 33.1
    Camelins 2,797,027 1,176,591 2,439,703 200 6,413,521 7.0
    Equins 902,795 86,296 84,319 88 1,073,498 1.2
    Asins 2,348,092 212,022 244,084 12 2,804,210 3.0
    TOTAL Bétail 67,448,065 11,985,098 12,699,895 5,788 92,138,846 100.0
    % bétail 73.2 13.0 13.8 0.0 100.0
    Source : Tchad, Recensement Général de l'Elevage – RGE, 2018

    Le dernier inventaire exhaustif officiel à l'échelle nationale est le Recensement Général de l'Élevage (RGE), dont la phase de collecte terrain s'est déroulée en 2015, avec une publication officielle des résultats définitifs par le Ministère de l'Élevage et la FAO au Tchad en 2018.

    Afin de maintenir les statistiques à jour, le Bureau du Recensement Général de l'Élevage réalise des projections et des actualisations régulières. Les données consolidées officielles les plus récentes datent de 2021. Les ruminants (caprins, ovins, bovins) forment le cœur du secteur et représentent plus de 85% des effectifs globaux de mammifères.

    L'évolution du cheptel tchadien sur les 20 dernières années montre une progression globale spectaculaire, caractérisée par un quasi-doublement des effectifs totaux.

  • Croissance exponentielle : En 2007, les estimations de la Direction des Études et des Statistiques Pastorales (DESP) faisaient état de seulement 6,9 millions d'ovins, 6,1 millions de caprins et 2,8 millions de bovins. Le passage à plus de 33 millions de bovins et 40 millions de petits ruminants montre un alignement fort avec le taux de croissance démographique global de la région.
  • Évolution de la structure : Les petits ruminants (ovins et caprins) ont augmenté plus rapidement que les bovins, car ils s'adaptent mieux aux cycles de sécheresse récurrents de la zone sahélienne.
  • Capitalisation : Ce dynamisme confirme que le secteur pastoral sert de banque sur pied pour les ménages ruraux, représentant un capital financier essentiel pour environ 40% de la population rurale.
  • Le calcul précis de la population animale au Tchad se heurte à des contraintes structurelles majeures qui impactent la régularité et la fiabilité absolue des bases de données :

  • La forte mobilité des troupeaux : Le système d'élevage tchadien est majoritairement caractérisé par le pastoralisme nomade et la transhumance sur de longues distances (nationale et transfrontalière). Recenser des animaux en déplacement constant engendre des risques importants de doubles comptages ou d'omissions.
  • L'immensité et l'enclavement du territoire : Couvrir les zones sahéliennes et sahariennes (Nord et Centre) représente un défi logistique et financier colossal, limitant la fréquence des recensements exhaustifs (il s'est écoulé plusieurs décennies entre les grandes opérations d'inventaire).
  • La réticence des éleveurs : Les propriétaires de bétail assimilent souvent le comptage des animaux à une future pression fiscale (redevances pastorales ou impôts), ce qui induit des déclarations parfois sous-estimées.
  • Le manque d'infrastructures statistiques permanentes : Bien que la FAO appuie la mise en place d'un Système Permanent des Statistiques de l'Élevage (SPSE), les données intercensitaires reposent souvent sur des modèles de projection théoriques basés sur les taux de mise-bas et de mortalité, plutôt que sur des comptages physiques réguliers.
  • Section 02
    Contribution socio-économique de l'élevage
    Contribution au revenu des ménages

    L'élevage est le pilier économique majeur des ménages ruraux et pastoraux au Tchad. Il constitue une source de revenus vitale, un filet de sécurité alimentaire et financière, et un moteur d'autonomisation pour les populations locales. Il emploie environ 80% de la population active (secteur rural et pastoral compris) et génère des revenus directs ou indirects pour environ 40% de la population totale du pays.

    Les données sur la génération de revenus des ménages pastoraux restent non exhaustives. Cependant, quelques études fournissent des informations utiles :

    Enquête de référence PRAPS TD

    Dans le cadre de la mise en œuvre du PRAPS 1 au Tchad, la première enquête de référence a été réalisée entre 2017-2018 (rapport final déposé en décembre 2018) dans la zone d'intervention du PRAPS-Tchad couvrant 12 régions, qui sont : Hadjer Lamis, Kanem, Barh Al Ghazal, Batha, Guéra, Borkou, Ennedi Est et Ennedi Ouest, Wadi Fira, Ouaddaï, Sila et la région du Lac.

    L'enquête a porté sur un échantillon de 459 ménages pastoraux et agropastoraux et a montré que la quasi-totalité de ces ménages sont dirigés par des hommes, à hauteur de 98%. Les ménages pastoraux et agropastoraux génèrent des revenus globaux moyens de 2,235,171 FCFA/an. La moitié des ménages enquêtés ont des revenus moyens excédant 994,600 FCFA, alors que l'autre moitié dégagent des revenus moyens qui sont en deçà de ce montant.

    Les ménages tirent principalement leurs revenus des ventes d'animaux sur pieds, qui représentent une proportion de 41.8% des revenus générés. La commercialisation des produits agricoles constitue la deuxième source de revenus la plus importante, avec une part de 24.7% du revenu global. Les ventes de produits agricoles sont particulièrement importantes dans les régions du Batha, d'Hadjer-Lamis et du Guera, qui représentent respectivement 30, 22 et 16% des revenus agricoles générés. Ces régions bénéficient de conditions climatiques favorables à la pratique de ces activités, ou encore de cultures de décrue comme dans la région du Batha. L'autoconsommation est évaluée à 21.3% du revenu global, tandis que les ventes de produits laitiers ne contribuent qu'à hauteur de 2.6%. Cela traduit notamment l'importance de l'autoconsommation des produits laitiers et agricoles en termes de contribution à la sécurité alimentaire, ainsi que l'arbitrage des ménages entre parts consommée et commercialisée. Ces revenus issus de l'autoconsommation ont été valorisés au prix du marché et comptabilisés comme des revenus « non monétaires ». Quant aux autres sources de revenus, leur part est évaluée à 9.6%. Elles comprenaient les salaires, les revenus d'autres activités comme le commerce, les transferts et les subventions. (Wane et al., 2017)

    Contribution à l'emploi
    FIG-EMPLOY — Employment in livestock (direct and indirect) — Tchad
    Figure Employment in livestock (direct and indirect). Source and year shown on the figure face.

    Le secteur de l'élevage au Tchad est un pilier socio-économique majeur qui fait vivre environ 40% de la population nationale et contribue à 53% du PIB du secteur rural.

  • 80% de la population active nationale travaille dans le secteur du développement rural, incluant l'agriculture et l'élevage combinés.
  • 40% de la population totale (principalement rurale) tire ses revenus directs ou indirects de l'activité de l'élevage.
  • Plus de 50% de la main-d'œuvre de ce monde rural et pastoral est composée de femmes, qui jouent un rôle central dans la gestion du bétail et la vente des produits dérivés.
  • 80% du cheptel est géré à travers un système d'élevage pastoral mobile (transhumance), ce qui implique un emploi hautement communautaire et saisonnier.
  • Selon le RGE 2018, 827,167 ménages sont dirigés par des éleveurs — 451,724 (54.6%) hommes et 375,443 (45.4%) femmes.

    L'analyse de la structure de l'emploi met en évidence une distinction nette entre les emplois directs, fortement liés au pastoralisme traditionnel, et les emplois indirects en pleine structuration.

    Tableau 4 : Synthèse des emplois directs et indirects
    Segment de la filière Type d'emploi Nature de l'activité principale Degré de formalisation
    Élevage & Production Direct Conduite de troupeaux, gardiennage, traite Très informel (familial/communautaire)
    Commerce du Bétail Direct Collecte, courtage, convoyage sur pied Informel mais hautement organisé
    Transformation Direct Abattage, boucherie, tannerie, laiterie Mixte (artisanat à zones industrielles)
    Fourniture d'Intrants Indirect Vente d'aliments pour bétail, compléments minéraux En croissance rapide dans les centres urbains
    Transport & Logistique Indirect Transport par camions, logistique transfrontalière En cours de modernisation
    Services Vétérinaires Indirect Soins, vente de médicaments, vaccination Professionnel (secteurs public et privé)
    Analyse des emplois directs

    Les emplois directs regroupent les activités au contact immédiat de l'animal et de ses produits dérivés. [8]

  • Élevage et Production : Ce segment emploie la majorité de la main-d'œuvre rurale. Environ 80% du cheptel tchadien dépend du système pastoral mobile (transhumance et nomadisme). Les emplois y sont essentiellement familiaux, non-salariés, et basés sur la gestion quotidienne des troupeaux, le gardiennage et la traite.
  • Commerce du Bétail : Le Tchad est un exportateur de bétail de premier plan dans sa sous-région. Le réseau commercial mobilise des milliers de personnes : les éleveurs-vendeurs, les intermédiaires locaux (Dallali), les acheteurs transfrontaliers et les convoyeurs qui acheminent le bétail à pied ou par camion vers le Nigéria, le Cameroun ou la République du Congo.
  • Transformation des Produits : Ce secteur se professionnalise progressivement. Il comprend les chefs d'exploitation laitière, les bouchers et les artisans du cuir (cuirs et peaux). Les projets d'industrialisation (comme la construction d'abattoirs modernes et de zones spéciales de transformation) visent à créer plus d'emplois formels pour les jeunes.
  • Analyse des emplois indirects

    Les emplois indirects englobent les services et les chaînes d'approvisionnement indispensables au maintien de la chaîne de valeur.

  • Fourniture d'Intrants : Le rétrécissement des espaces pastoraux pousse à la sédentarisation. Cela stimule l'emploi dans la fabrication et la vente d'aliments concentrés (tourteaux de coton), de compléments minéraux et d'équipements pour l'élevage périurbain.
  • Transport et Logistique : Face aux difficultés de la transhumance à pied (conflits agropastoraux, insécurité), le transport de bétail par camion gagne du terrain. Ce virage génère des emplois pour les chauffeurs routiers, les mécaniciens, les chargeurs et les gestionnaires de parcs logistiques.
  • Services Vétérinaires et Sanitaires : Ce volet emploie des professionnels qualifiés : docteurs vétérinaires, techniciens d'élevage et agents de santé animale. Ils travaillent au sein des services publics du Ministère de l'Élevage, de cabinets privés, ou d'organisations internationales comme VSF, CICR, etc. Ils assurent la vaccination, le traitement des pathologies et le contrôle sanitaire sur les marchés.
  • Les principales activités exercées par la population des ménages pastoraux sont essentiellement l'agriculture et l'élevage. Chez les personnes de sexe masculin, l'agriculture (hors maraîchage) représente 70.8% des activités exercées, contre 11.3% pour l'élevage. De même, chez les femmes, l'agriculture représente 71.8% et l'élevage 10.4%. (RGE, 2018)

    Tableau 5 : Répartition (effectifs et %) des chefs de ménages pastoraux selon le milieu de résidence et l'activité principale
    Activité principale du chef de ménage Urbain Rural Total
    Masculin Féminin Masculin Féminin Masculin Féminin
    Effectifs % Effectifs % Effectifs % Effectifs % Effectifs % Effectifs %
    Agriculture 289,455 45.1 260,342 45.6 2,530,787 75.7 2,328,903 76.7 2,820,241 70.8 2,589,246 71.8
    Maraîchage 12,148 1.9 11,962 2.1 80,578 2.4 65,464 2.2 92,726 2.3 77,425 2.1
    Elevage 67,174 10.5 57,724 10.1 384,550 11.5 317,719 10.5 451,724 11.3 375,443 10.4
    Pêche 5,917 0.9 6,261 1.1 20,800 0.6 18,324 0.6 26,717 0.7 24,584 0.7
    Chasse 80 0.0 80 0.0 394 0.0 342 0.0 474 0.0 423 0.0
    Foresterie 1,518 0.2 1,538 0.3 951 0.0 1,222 0.0 2,469 0.1 2,760 0.1
    Apiculture 19 0.0 19 0.0 1,830 0.1 1,755 0.1 1,849 0.0 1,773 0.0
    Floriculture 1,819 0.3 713 0.1 2,020 0.1 984 0.0 3,839 0.1 1,697 0.0
    Commerce 107,367 16.7 98,433 17.3 121,684 3.6 112,091 3.7 229,051 5.7 210,524 5.8
    Artisanat 10,734 1.7 9,324 1.6 25,782 0.8 22,607 0.7 36,516 0.9 31,931 0.9
    Fonctionnaire 70,400 11.0 57,058 10.0 32,659 1.0 29,903 1.0 103,059 2.6 86,962 2.4
    Elève / Etudiant 10,773 1.7 8,367 1.5 21,828 0.7 19,829 0.7 32,601 0.8 28,197 0.8
    Aucune activité 27,623 4.3 26,186 4.6 73,072 2.2 70,581 2.3 100,695 2.5 96,767 2.7
    Autre activité 37,351 5.8 32,403 5.7 44,473 1.3 44,869 1.5 81,824 2.1 77,272 2.1
    Ensemble Tchad 642,376 100.0 570,410 100.0 3,341,409 100.0 3,034,594 100.0 3,983,784 100.0 3,605,005 100.0
    Source : Tchad, Recensement Général de l'Elevage - RGE 2012/2015

    NB : Cette tendance est plus accentuée en milieu rural où la proportion des hommes ayant l'agriculture comme activité principale est de 75.7%, contre 76.7% pour les femmes. En milieu urbain par contre, la proportion des personnes pratiquant l'agriculture est de 45.1% pour les hommes et 45.6% pour les femmes.

    Toutefois, l'agriculture demeure l'activité principale la plus pratiquée par la population pastorale, suivie de l'élevage (11.3% des hommes et 10.4% des femmes) et du commerce (5.7% des hommes et 5.8% des femmes). On note également qu'en milieu urbain, il y a autant de membres de ménages fonctionnaires pratiquant l'élevage que de membres de ménages exerçant l'élevage comme activité principale (respectivement 11% et 10.5% chez les hommes, contre 10% et 10.1% chez les femmes).

    Contribution à la résilience

    Dans les zones pastorales et arides du pays, le bétail n'est pas seulement une activité de production, mais le mécanisme central d'adaptation et le principal filet de sécurité financière des ménages face à un environnement hostile.

    Dans les écosystèmes arides et sahéliens, le cheptel remplit trois fonctions de résilience interdépendantes :

  • 1.1. Maximiser la mobilité transhumante
  • La transhumance permet d'exploiter la variabilité spatio-temporelle des pâturages et des points d'eau.
  • En déplaçant les troupeaux du nord aride vers le sud soudanien en saison sèche, les éleveurs transforment des terres marginales et non cultivables en protéines à haute valeur ajoutée (lait, viande).
  • 1.2. Le bétail constitue une banque sur pied
  • Le bétail fait office de compte d'épargne liquide et d'actif de réserve.
  • En l'absence d'accès aux services financiers ruraux formels, la vente de petits ruminants (ovins, caprins) permet de financer l'achat immédiat de céréales en période de soudure ou de couvrir des dépenses urgentes (santé, éducation).
  • 1.3. Diversification des apports alimentaires et des revenus
  • Le lait et ses dérivés (beurre, fromage) stabilisent le régime alimentaire familial.
  • La vente des produits laitiers procure aux femmes pastorales des revenus autonomes réguliers, créant ainsi une barrière directe contre l'insécurité alimentaire aiguë.
  • Malgré sa flexibilité intrinsèque, le système pastoral tchadien subit de violents chocs cumulatifs (climatiques, sanitaires et sécuritaires) qui provoquent une décapitalisation relativement accélérée des ménages.

    Chocs climatiques et dégradation de la biomasse

    La mauvaise répartition des pluies dans le temps et dans l'espace engendre régulièrement des déficits massifs de biomasse. Les sécheresses prolongées provoquent un épuisement précoce des pâturages et une mortalité immédiate par inanition des animaux.

    Par ailleurs, le Tchad fait face également à des inondations records qui rompent les pistes de transhumance, noient le bétail et détruisent les infrastructures pastorales.

    Épizooties et barrières sanitaires

    Selon les données d'enquêtes de l'OIM auprès des éleveurs transhumants (notamment dans la province du Lac), 68% des ménages pastoraux rapportent des pertes massives de bétail, la très grande majorité (93%) étant attribuée à des maladies animales saisonnières faute de couverture vaccinale adéquate et accessible.

    Insécurité et conflits mortels

    Le rétrécissement des couloirs de transhumance causé par l'avancée du front agricole et l'extension des villages bloque les voies de passage historiques du bétail. Les tensions liées à l'accès partagé aux ressources naturelles engendrent des conflits agropastoraux extrêmement violents. À titre d'exemple, les affrontements intercommunautaires récurrents (comme ceux de Mandakao en 2024) se traduisent par des dizaines de pertes humaines et des vols massifs de troupeaux entiers.

    Par ailleurs, dans la zone du Lac Tchad, les éleveurs sont doublement pénalisés par le vol de bétail récurrent perpétré par les groupes armés extrémistes et par les arnaques financières.

    Les conséquences/impact sur le bien-être des ménages pastoraux

    L'effondrement du capital-bétail détruit de manière structurelle les conditions de vie des communautés pastorales :

  • Ventes de détresse et décapitalisation : Face au manque de fourrage, les éleveurs bradent leurs animaux à des prix dérisoires pour acheter de la nourriture. Cette « décapitalisation » réduit leurs moyens d'existence à néant à long terme.
  • Détérioration de la consommation alimentaire : La perte des animaux stoppe la production de lait. Conjuguée à la flambée du prix des céréales sur les marchés déconnectés, elle fait basculer de nombreuses provinces en situation de Crise alimentaire aiguë (Phase 3 de l'IPC).
  • Paupérisation et sédentarisation forcée : Privés de troupeaux, les éleveurs subissent une paupérisation extrême, les contraignant à abandonner la mobilité pour se reconvertir vers l'exode rural ou des travaux journaliers précaires.
  • NB : Le tableau en annexe du document montre une évolution chronologique des divers chocs.

    Contribution de l'élevage à la sécurité alimentaire et nutritionnelle

    L'élevage joue un rôle important dans l'économie de nombreux pays, en particulier au Tchad, où il constitue un pilier fondamental des activités rurales. Au-delà de son apport en revenus, ce secteur contribue significativement à la sécurité alimentaire et nutritionnelle et au bien-être des communautés locales. Le bétail joue un rôle déterminant, mais contrasté, dans la sécurité alimentaire et nutritionnelle du pays.

    Cependant, son immense potentiel n'empêche pas le pays de faire face à une vulnérabilité nutritionnelle chronique.

    Consommation d'aliments d'origine animale par habitant

    La consommation de denrées animales au Tchad est fortement marquée par des disparités géographiques et économiques importantes :

  • Viande : La consommation moyenne nationale s'établit à environ 13.4 kg par habitant et par an (soit près de 36 g par jour). Elle est deux fois plus élevée dans les zones urbaines que dans les zones rurales, en raison du pouvoir d'achat plus faible des ménages ruraux qui destinent leur cheptel à la vente.[2]
  • Lait : L'accès au lait dépend fortement du mode de vie. Les éleveurs et leurs familles consomment environ 100 litres de lait par an, tandis que les citadins et les agriculteurs s'arrêtent à une moyenne de seulement 9 litres par an.[3]
  • Part des protéines d'origine animale (POA)

    Les aliments d'origine animale (viande, abats, lait, poisson) n'apportent globalement que 7% de la disponibilité énergétique alimentaire (DEA) totale. Le régime alimentaire tchadien demeure peu varié et majoritairement basé sur les céréales. Cette faible proportion limite la biodisponibilité en micronutriments essentiels comme le fer, le zinc ou la vitamine A.

    Possession de bétail et résultats nutritionnels dans les zones pastorales

    L'accès direct au cheptel a un effet amortisseur mesurable, mais complexe, sur l'état nutritionnel :

  • Impact sur la malnutrition aiguë (émaciation) : Les projets humanitaires, comme ceux de la FAO menés dans le Kanem et le Barh-El-Gazel, démontrent qu'une gestion intégrée du bétail axée sur la production et la consommation de lait réduit de manière significative la malnutrition aiguë chez les enfants de moins de 5 ans et les femmes allaitantes en période de soudure.
  • Impact sur la malnutrition chronique (retard de croissance) : La corrélation entre possession de bétail et réduction du retard de croissance reste principalement documentée par des études observationnelles transversales. Les bénéfices sont intimement liés à la consommation directe de lait frais au sein du ménage pastoral. Toutefois, en cas de crise climatique ou économique majeure, les éleveurs vendent leur bétail pour acheter des céréales, ce qui peut paradoxalement détériorer la diversité alimentaire à long terme.
  • La situation nutritionnelle globale reste classée comme préoccupante à critique :

    S'agissant de la malnutrition aiguë globale (MAG), elle dépasse le seuil d'alerte de l'OMS de 10% à l'échelle nationale. Les analyses épidémiologiques (enquêtes SMART 2025) indiquent que 15 provinces sur 23 sont touchées de manière critique. Environ 2 millions d'enfants de 6 à 59 mois souffrent de malnutrition aiguë au cours du cycle annuel.

    Quant au retard de croissance, il affecte +31.9% des enfants de moins de cinq ans au niveau national, atteignant des pics alarmants de près de 48.2% dans la zone du Lac.

    Enfin, l'insécurité alimentaire aiguë : exacerbée par les conflits régionaux (afflux de réfugiés soudanais à l'Est), l'inflation et les chocs climatiques (inondations), la population en besoin d'assistance alimentaire oscille régulièrement entre 2.5 et 3.8 millions de personnes, en particulier durant la période de soudure de juin à septembre.

    Section 03
    Intégration des marchés et commerce

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    Marchés nationaux du bétail et chaînes de valeur

    La commercialisation du bétail repose sur un réseau de marchés interconnectés et de longs circuits transfrontaliers, tandis que la chaîne de valeur opère une transition stratégique d'un modèle traditionnel sur pied vers une industrialisation de la viande. Le pays compte plus de 135 marchés à bétail, dont 71 considérés comme majeurs par les autorités. Il existe plusieurs types de marché à bétail :

  • Marchés de collecte ou de brousse (primaires) : situés en zone rurale de production, approvisionnés directement par les pasteurs et les agropasteurs environnants. Ils permettent aux éleveurs de vendre leurs premières bêtes pour répondre à des besoins financiers immédiats.
  • Marchés de regroupement (secondaires) : des infrastructures relativement mieux équipées (comme le marché de Karmé) où les intermédiaires et les grands commerçants rassemblent les animaux par lots homogènes. Les grandes villes intermédiaires comme Massakory, Ati, Moussoro, Abéché et Karmé, par exemple.
  • Marchés terminaux et frontaliers : N'Djaména (consommation urbaine), Bongor ou Pala (portes d'exportation vers le Cameroun et le Nigéria).
  • (Zone de production / Éleveurs)

    Marchés de collecte (Ruraux) ──► Consommation locale

    Marchés de regroupement / Relais ──► Abattoirs urbains (N'Djaména)

    Marchés frontaliers/Terminaux ──► Exportations (Nigéria, Cameroun, RCA, Gabon)

    Au Tchad, les marchés à bétail constituent le cœur de la filière pastorale. Chaque acteur y joue un rôle économique et social précis pour assurer l'approvisionnement en viande et la génération de revenus. La chaîne de valeur repose sur un réseau d'acteurs interconnectés, souvent structurés par des liens traditionnels, familiaux ou ethniques. Elle coexiste entre un modèle historique à faible valeur ajoutée et une modernisation industrielle relativement émergente.

    [Production Pastorale] ➔ [Collecte / Intermédiaires] ➔ [Marchés Terminaux] ➔ [Exportation sur Pied] (Filière Traditionnelle) ➔ [Abattage & Transformation] ➔ [Exportation de Viande] (Filière Moderne)

    Tableau 6 : Les acteurs et leurs rôles principaux dans la chaîne de valeur du bétail.
    Acteurs Rôles principaux dans la chaîne de valeur
    Éleveurs / Pasteurs • Assurent la phase de production (naisseurs, éleveurs transhumants ou sédentaires). • Gèrent les troupeaux et assument les risques sanitaires et climatiques. • Captent environ 48% de la valeur finale du bétail exporté.
    Intermédiaires ( Dalali et Garants) • Le Garant ( Damine ) certifie la propriété de l'animal et sécurise la vente face aux risques de vol. • Le Dalali (courtier) met en relation acheteurs et vendeurs et négocie le prix.
    Commerçants (Collecteurs / Grossistes) • Les agents collecteurs parcourent les marchés ruraux pour acheter le bétail au détail. • Les grands commerçants regroupent les animaux en troupeaux de convoyage pour les acheminer à pied vers les frontières ou les grands centres.
    Transformateurs (Bouchers / Industriels) • Bouchers traditionnels : assurent l'abattage de proximité et la vente de viande au détail sur les étals des marchés urbains. • Unités modernes : le secteur amorce une transition industrielle avec des infrastructures comme l'abattoir de Moundou (Laham Tchad) et le développement de Zones Économiques Spéciales (ZES) pour transformer et exporter de la viande réfrigérée/congelée.
    Consommateurs • Nationaux : achètent principalement la viande sur les marchés locaux traditionnels, avec une forte exigence sur la fraîcheur immédiate. • Régionaux (Export) : consommateurs finaux au Nigéria, au Cameroun ou au Gabon qui absorbent le bétail sur pied ou la viande transformée importée du Tchad.

    Historiquement, les infrastructures du pays souffrent d'un manque d'aménagements ; les marchés sont placés sur de simples espaces ouverts non clôturés, sans points d'eau ni ombrage.

    Cependant, des programmes comme le PRAPS 2 modernisent le réseau :

  • Construction de marchés modernes clôturés avec parcs de contention (zeriba).
  • Installation de couloirs de vaccination, de systèmes d'adduction d'eau (forages pastoraux) et d'abreuvoirs.
  • Mise en place de comités de gestion communautaire pour assurer l'entretien.
  • Par ailleurs, le taux d'écoulement et la dynamique des prix du bétail s'expliquent comme suit :

  • Taux d'écoulement : les marchés à bétail s'ouvrent de façon hebdomadaire ; les principaux marchés affichent une forte vitalité. Par exemple, sur un marché dynamique, un éleveur peut écouler près de la moitié de ses bêtes en une seule journée.
  • Variabilité des prix : le prix d'un bovin adulte varie fortement selon sa conformation, la saison et la destination. Un gros bovin peut atteindre 700,000 FCFA sur un marché de regroupement, tandis que les petits ruminants oscillent autour de 75,000 FCFA.
  • Saisonnalité : les prix chutent en fin de saison sèche (manque de pâturages, animaux affaiblis) et augmentent fortement pendant la saison des pluies (embouche naturelle) et lors des fêtes religieuses (Tabaski, Noël).
  • Paradoxe des prix : le gros bétail à forte valeur est presque exclusivement exporté sur pied vers le Nigéria, car les bouchers locaux ne peuvent pas rentabiliser l'achat face au pouvoir d'achat national. La consommation intérieure tchadienne s'oriente donc vers des animaux de moindre valeur.
  • Quant à la transformation de viande, le Tchad compte 2 grands abattoirs industriels modernes fonctionnels (l'AFF à N'Djaména et le CIAL à Moundou) et 48 aires d'abattage aménagées.

    Commerce transfrontalier et international
    FIG-TRADE-ICEBERG — Livestock trade: formal vs informal — Tchad
    Figure Livestock trade: formal vs informal. Source and year shown on the figure face.
    FIG-EXPORT-TREND — Livestock export value (and volume), over time — Tchad
    Figure Livestock export value (and volume), over time. Source and year shown on the figure face.

    La commercialisation du bétail repose sur un réseau de marchés interconnectés et de longs circuits transfrontaliers, tandis que la chaîne de valeur opère une transition stratégique d'un modèle traditionnel sur pied vers une industrialisation de la viande.

    Quatre axes structurent les flux de commercialisation du bétail tchadien sur pied, qui sont :

  • Le corridor Ouest (axe Nigéria via le Cameroun) : c'est le corridor le plus dynamique et le plus important. Les animaux provenant des zones sahéliennes (Kanem, Bahr el Ghazal, Hadjer-Lamis) transitent par les marchés d'interconnexion comme Massakory, Massaguet ou Dourbali, puis traversent la frontière via N'Djaména, Bongor, Pala ou Fianga vers le Nord-Cameroun pour approvisionner les grands centres urbains du Nigéria (Lagos, Kano, Maiduguri).
  • Le corridor Nord (axe Libye) : ce réseau est principalement spécialisé dans l'acheminement des dromadaires et de petits ruminants issus des régions septentrionales (Borkou, Ennedi, Tibesti et Wadi Fira).
  • Le circuit Est (axe Soudan) : moins formel, ce circuit draine les bovins et petits ruminants des provinces orientales comme le Ouaddaï, le Sila et le Wadi Fira vers les marchés soudanais.
  • Le circuit Sud (axe RCA et République du Congo) : traditionnellement orienté vers la République Centrafricaine et les pays de la CEEAC, ce circuit subit des ralentissements intermittents en raison de l'instabilité sécuritaire aux frontières méridionales depuis 2013.
  • L'écart entre le commerce formel et informel (non enregistré par les douanes) domine largement l'économie pastorale tchadienne en raison de frontières poreuses et de taxes intérieures dissuasives.

    Tableau 7 : Écart entre le commerce formel et informel
    Indicateur Échanges formels Échanges informels
    Enregistrement douanier Strictement contrôlé (Passeport bétail CEMAC) Totalement invisible aux postes frontières
    Flux vers le Cameroun* Marginale part officielle 35.69 milliards FCFA (~$63M)
    Évolution du flux informel Stagnant En hausse continue de +20.3% par an
    Perte estimée pour l'État 170 milliards FCFA par an en taxes évadées
  • À titre d'exemple
  • Les facteurs explicatifs de l'écart sont :

  • Marchés artisanaux et informels : manque d'infrastructures de pesage et de traçabilité.
  • Tracer les pistes de transhumance : les bergers privilégient les voies de brousse traditionnelles pour éviter les rackettings et taxes illicites.
  • Capitaux fluides : utilisation dominante d'espèces et de réseaux de confiance communautaires sans inclusion bancaire.
  • Comment l'intégration des marchés influence les résultats socio-économiques

    Les faits marquants et la dynamique de la filière en 2025 sont, entre autres :

  • Domination des animaux sur pied : le commerce formel reste dominé par les animaux vivants (56 milliards FCFA de flux directs identifiés en 2025). Si l'on intègre l'ensemble des circuits douaniers et les estimations globales de la BEAC, la filière bétail globale génère plus de 220 milliards de FCFA par an, ce qui en fait le deuxième pourvoyeur de devises du pays après le pétrole.
  • Le défi de la transformation locale : les exportations de viande transformée restent naissantes mais se structurent grâce au partenariat public-privé Laham Tchad. L'objectif affiché par l'État est de réduire l'exportation sur pied pour capter la valeur ajoutée au niveau des abattoirs modernes comme celui de Moundou.
  • Poids de l'informel : la porosité des frontières avec le Cameroun et le Nigéria fait qu'une part massive du bétail échappe aux contrôles vétérinaires et douaniers officiels. Les données de l'INS du Cameroun confirment que le Tchad est son premier fournisseur informel de bétail.
  • L'intégration au marché des communautés pastorales au Tchad est un processus à double tranchant. D'un côté, elle valide le rôle moteur du pastoralisme dans l'économie nationale et régionale en créant de la valeur monétaire tangible. De l'autre, elle fragilise les fondements de la mobilité pastorale, qui reste pourtant la stratégie la plus adaptée aux environnements sahéliens arides. Sans politiques publiques fortes combinant sécurisation foncière, infrastructures mobiles et systèmes de financement adaptés, la loi du marché risque d'exclure les éleveurs les plus vulnérables au profit d'acteurs commerciaux urbains.

    NB : De ce qui précède, les points clés à retenir sont :

  • Asymétrie de la chaîne de valeur : le Tchad est un géant pastoral avec un cheptel de plus de 100 millions de têtes. Pourtant, il exporte quasi exclusivement ses animaux sur pied (220 milliards FCFA), laissant la valeur ajoutée de la transformation (viande, cuirs) s'échapper vers les pays côtiers.
  • Balance de la viande : bien que producteur majeur, le Tchad importe plus de viande transformée ($7.39 millions) qu'il n'en exporte formellement ($131,000) par manque d'infrastructures d'abattage de niveau industriel, malgré l'émergence récente de complexes modernes comme celui de Moundou.
  • Tableau 8 : Synthèse de valeurs & estimations du commerce de la filière élevage

    (Données consolidées 2024–2025)

    Flux & Type de produit Valeur / Estimation Année Nature du flux Principaux Partenaires Source officielle / Référence
    Exportations d'animaux vivants Plus de 56 milliards FCFA (≈97 millions USD) dont 40.6 Mds bovins, 8.7 Mds chameaux, 7 Mds ovins) 2025 Formelle Nigéria, Cameroun, RCA, Soudan, Libye Douanes Tchadiennes / Rapport Commerce Extérieur
    Exportations de viande Flux marginaux / En cours d'industrialisation (Abattoir de Moundou : 200 bovins/jour) 2025 Formelle Gabon, République du Congo, Nigéria, Égypte Laham Tchad / Complexe Industriel de Moundou
    Exportations de viande $131,000 USD 2024 Formelle Angola, Gabon OEC - Meat and edible offal in Chad Trade
    Exportations de peaux (Cuirs et peaux) ~$1.08 million USD (Donnée consolidée) 2024 / 2025 Formelle France, Chine OEC World - Base de données du commerce mondial
    Exportations transfrontalières informelles 35.69 milliards FCFA (~$63 millions USD) (Hausse de 20.3% sur un an) 2024 / 2025 Informelle (non enregistrée) Cameroun (via la région de l'Extrême-Nord) Rapport Commerce Informel de l'INS Cameroun
    Importations d'animaux vivants ~$436,000 USD (Flux très faible, cheptel national largement excédentaire) 2024 / 2025 Formelle Belgique, France OEC World - Données du commerce international
    Importations de viande Quasi-nulles / Négligeables (Le Tchad produit un excédent structurel de viande) 2025 Formelle Marché international secondaire Rapports Sectoriels de la Banque Mondiale
    Section 04
    Lacunes dans les données et limites de mesure
    FIG-GAPS — Key data gaps by category — Tchad
    Figure Key data gaps by category. Source and year shown on the figure face.

    Les lacunes et les limites de mesure représentent un défi majeur pour une bonne planification stratégique et une meilleure politique publique. La reconnaissance de la contribution économique et sociale du pastoralisme au Tchad se heurte à de grandes lacunes dans la collecte des données et à des limites méthodologiques majeures. Bien que les systèmes d'élevage pastoraux génèrent plus de 50% des revenus d'exportation non pétroliers du Tchad et du PIB rural ; l'élevage dans son ensemble contribue à ~18% du PIB national (valeur ajoutée directe, BAD/PAPCVL) et soit le deuxième pourvoyeur de richesses après le pétrole, sa valeur réelle reste largement sous-estimée dans les comptabilités nationales.

    Les principales lacunes dans les données
    Obsolescence et irrégularité des recensements

    Effectifs du cheptel mal maîtrisés : les projections nationales reposent souvent sur des estimations extrapolées à partir de données anciennes. L'absence de recensements généraux du cheptel réguliers et précis empêche de suivre en temps réel la dynamique des troupeaux.

    Invisibilité des flux migratoires : la grande mobilité des pasteurs transhumants complique leur intégration dans les enquêtes démographiques classiques et les recensements de population de routine.

    Absence de données sur les flux transfrontaliers informels

    Sous-évaluation des exportations : une part immense du commerce de bétail sur pied vers le Nigéria, le Cameroun ou la RCA emprunte des circuits informels pour éviter les taxes et les tracasseries administratives. Ces flux massifs échappent aux statistiques douanières officielles.

    Déficit de traçabilité : l'insuffisance de postes de contrôle vétérinaire et de suivi aux frontières ne permet pas de quantifier le volume réel des transactions d'animaux vivants à l'exportation.

    Invisibilité des productions de subsistance et de l'économie familiale

    Autoconsommation laitière : le lait produit en brousse par les ménages pastoraux est principalement autoconsommé ou troqué localement. Ce volume de richesse nutritionnelle n'entre pas dans les circuits commerciaux formels et reste invisible pour les planificateurs économiques.

    Travail invisible des femmes et des jeunes : les rôles pivots dans la gestion de la transformation laitière, de l'artisanat pastoral et des petits ruminants sont mal documentés, masquant l'impact social direct sur les communautés.

    Les limites de mesure et contraintes méthodologiques
    Inadaptation des outils statistiques nationaux à la mobilité

    Méthodes statiques vs. réalité mobile : les outils de collecte (comme les enquêtes auprès des ménages) sont conçus pour des populations sédentaires. Ils échouent à capter des unités familiales en déplacement constant sur de longues distances à travers les zones sahéliennes et soudaniennes.

    Biais saisonniers : une enquête réalisée en saison sèche dans le sud ne reflétera pas la même réalité socio-économique qu'en saison des pluies lorsque les troupeaux remontent vers le nord, ce qui fausse les moyennes annuelles.

    Défaillance conceptuelle dans le calcul du PIB (Comptabilité Nationale)

    Indicateurs macroéconomiques restrictifs : le calcul du PIB agricole n'intègre généralement que les produits marchands bruts (vente directe d'animaux, viande d'abattoir, etc.).

    Non-monétisation des services écosystémiques : la comptabilité nationale ignore totalement la valeur des fonctions indirectes et écologiques du pastoralisme, notamment :

  • La fumure animale (apport de fumier) transférée gratuitement aux sols agricoles.
  • La valorisation des terres de parcours marginales et arides impropres à l'agriculture.
  • La force de traction animale fournie pour les cultures.
  • Faiblesse des capacités institutionnelles et logistiques

    Il y a un manque cruel de ressources humaines, de moyens de transport, d'outils numériques et de budgets de fonctionnement conséquent pour le Ministère de l'Élevage afin de mieux couvrir les zones pastorales enclavées.

    Tableau 9 : Résumé des principales lacunes de données
    Catégorie de données Description de la lacune Impact sur la reconnaissance Actions suggérées
    Contribution au PIB La prédominance de la commercialisation du bétail sur pied. Manque d'infrastructures de transformation locale (abattoirs modernes, usines laitières). L'absence de valeur ajoutée dissimule le poids réel du secteur dans les statistiques officielles et prive l'État de recettes fiscales importantes Accélérer la transition vers une industrialisation de la filière par le biais de PPP, notamment en concrétisant des zones industrielles de transformation pour valoriser la viande, les cuirs et les produits laitiers sur place
    Effectif du cheptel La fragilité et le manque de mise à jour régulière des systèmes de suivi statistique, combinés à l'absence d'un dispositif d'identification numérique et de traçabilité individuelle des animaux en mouvement L'imprécision des données numériques et le caractère informel des flux de transhumance transfrontalière minimisent l'importance stratégique du secteur auprès des bailleurs de fonds et masquent sa contribution réelle au commerce régional Généraliser les campagnes de puces électroniques sous-cutanées ou de boucles auriculaires connectées pour le bétail, tout en renforçant les capacités du Bureau du RGE afin de digitaliser la cartographie des effectifs en temps réel
    Commerce du bétail Prédominance de circuits informels et exportation exclusive de bétail sur pied le long de corridors transfrontaliers peu sécurisés L'absence de traçabilité et la non-déclaration de ces flux commerciaux rendent invisible la véritable contribution financière du secteur, privant ainsi le pays de devises officielles et maintenant les éleveurs dans la précarité face aux intermédiaires. Formaliser et moderniser ce commerce en créant des comptoirs commerciaux transfrontaliers réglementés, tout en substituant l'exportation de bétail sur pied par celle de viande réfrigérée prête à la consommation grâce au développement de chaînes du froid intégrées.
    Enquêtes ménages Le caractère intermittent, leur couverture géographique souvent restreinte par l'insécurité et la sous-évaluation systématique de l'autoconsommation (notamment le lait consommé au sein du foyer). Invisibilité de la contribution réelle de l'économie familiale pastorale à la sécurité alimentaire nationale, conduisant ainsi les politiques publiques à marginaliser les investissements budgétaires alloués à la mobilité et aux infrastructures nomades. Institutionnaliser un système permanent de collecte de données harmonisées à l'échelle nationale à travers un observatoire du pastoralisme digitalisé, intégrant des méthodologies d'évaluation rapide qui comptabilisent fidèlement les flux invisibles de la production laitière et de l'autoconsommation.
    Données des marchés Le manque de systèmes informatisés pour collecter et diffuser les prix en temps réel L'absence de mercuriales fiables et de données transparentes maintient ces marchés dans le secteur informel, ce qui empêche de mesurer précisément la valeur financière des transactions et affaiblit le pouvoir de négociation des éleveurs face aux réseaux de spéculateurs. Moderniser et enregistrer légalement ces marchés en les dotant de balances de pesage connectées et d'une application mobile nationale de suivi des prix, gérée conjointement par les associations d'éleveurs et les communes pour sécuriser les recettes.
    Section 05
    Conclusions et implications politiques
    Principale conclusion

    Le pastoralisme au Tchad contribue de façon importante à l'économie, à la fois au niveau des ménages et au niveau national, y compris à travers les exportations. En fait, l'inclusion de l'autoconsommation et du commerce informel dans les estimations économiques indique la contribution significative du pastoralisme à l'amélioration des revenus des ménages et à la réduction de la pauvreté.

    En outre, les résultats du RGE et des enquêtes plaident de manière convaincante en faveur du développement du pastoralisme en tant que moyen viable d'améliorer les conditions socio-économiques de la population. En investissant dans les chaînes de valeurs laitière/viande et cuir, y compris la formation, les infrastructures, les unités de transformation et la distribution de manière juste et inclusive, le pastoralisme a le potentiel d'améliorer les niveaux de revenu de la population et de booster considérablement l'économie.

    Implication politique
  • Intégrer les flux pastoraux informels dans les comptes nationaux : la révision de la méthodologie des comptes nationaux pour inclure l'autoconsommation (valorisée aux prix du marché) et les flux transfrontaliers informels est une priorité pour corriger la sous-évaluation structurelle du secteur.
  • Actualiser les recensements généraux : déployer de grandes enquêtes nationales basées sur des méthodologies spécifiques à la mobilité (ex. enquêtes par sondage aux points d'eau ou marchés clés).
  • Intégrer les valeurs non marchandes au PIB : inclure l'autoconsommation, l'usage des sous-produits (cuirs, engrais) et les services écosystémiques fournis par le pastoralisme dans la comptabilité nationale.
  • Moderniser les postes de contrôle frontaliers : installer des infrastructures de pesage et des systèmes d'enregistrement numériques pour capter les flux d'exportation réels.
  • Digitaliser le suivi de la transhumance : utiliser la géolocalisation et des plateformes communautaires pour cartographier les effectifs et anticiper les mouvements de bétail.
  • Développer des partenariats régionaux : collaborer avec les institutions régionales, telles que le Comité permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS) et la FAO, pour harmoniser la collecte des données transfrontalières.
  • Références
    Références
  • 1. Banque Mondiale, Rapport sur les opportunités de commercialisation du bétail et de leurs produits, Tchad, Février 2022.
  • 2. BAD, Projet d'appui à la Productivité et à La Compétitivité Des Chaines De Valeur Viande et Lait au Tchad (PAPCV-VL) - Tchad, Rapport d'évaluation septembre 2021
  • 3. Conférence internationale sur l'Agriculture, le Pastoralisme et les aires protégées, N'Djaména 2-4 octobre 2024, Rapport.
  • 4. ECA ( Commission économique pour l'Afrique (estimation) )
  • 5. Evaluation du potentiel d'amélioration du disponible fourrager cultivé dans les six (6) pays du PRAPS (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad) Rapport national Tchad.
  • 6. FAO. 2020. Estimation des bilans fourragers dans la région du Sahel d'Afrique de l'Ouest et Centrale. Sous la direction de Assouma, M.H. et Mottet, A. FAO : Production et santé animales – Directives no 22. Rome. <https://doi.org/10.4060/ca9111fr> .
  • 7. Guindé M., Ouagal M. et M. Abdallah. 2018. The importance of pastoralism in Chad. OIE, France : Paris. Bulletin Panorama 2018 : 2. 36 - 39.
  • 8. Hiernaux P., Abdraman M. A., Béchir A. B., Passiring K., 2021. Diversité des pratiques pastorales, des mobilités et des trajectoires d'adaptation des systèmes pastoraux et agropastoraux au changement. Rapport IRAM-ACCEPT, 101 p
  • 9. ME, Programme de Sécurisation de Système Pastoral (PSSP), Etude sur les sociétés pastorales, rapport de synthèse, 2002
  • 10. MEPA, Recensement général de l'élevage (RGE), 2016. Résultats définitifs
  • 11. MEPA, 2008. Plan National de Développement de l'Elevage (PNDE1), 2009-2016
  • 12. MEPA, 2017. Plan National de Développement de l'Elevage (PNDE2), 2017-2021
  • 13. MEPA, Direction de Recensement et de Statistiques en Elevage, Rapport, 2025 (non accessible au public)
  • 14. Pastoralisme au Tchad, un potentiel à développer grâce à des investissements responsables et structurants, FAO, https://openknowledge.fao.org
  • 15. Banque Mondiale (Njinkeu, D. et al.) (2024). L'élevage au Tchad. Washington, DC : Banque Mondiale. hdl:10986/41805
  • Annexe
    Annexe : Tableaux de données détaillées

    Tableau 1 : Récapitulatif du cheptel par espèce et par année [2015-2025]

    ANNEE BOVINS OVINS CAPRINS CAMELINS EQUINS ASINS TOTAL BETAIL
    2,015 24,892,098 26,436,170 30,519,349 6,413,521 1,073,498 2,804,210 92,138,846
    2,016 26,213,239 28,530,729 32,405,495 6,835,700 1,119,276 2,989,319 98,093,758
    2,017 27,604,500 30,791,242 34,408,208 7,285,669 1,167,006 3,186,647 104,443,272
    2,018 29,069,601 33,230,856 36,534,693 7,765,258 1,216,772 3,397,001 111,214,181
    2,019 30,612,462 35,863,764 38,792,597 8,276,416 1,268,659 3,621,240 118,435,138
    2,020 32,237,210 38,705,279 41,190,044 8,821,223 1,322,760 3,860,282 126,136,798
    2,021 33,948,191 41,771,929 43,735,656 9,401,892 1,379,167 4,115,103 134,351,938
    2,022 35,749,982 45,081,553 46,438,592 10,020,784 1,437,980 4,386,746 143,115,637
    2,023 37,647,402 48,653,400 49,308,574 10,680,415 1,499,301 4,676,319 152,465,411
    2,024 39,645,528 52,508,248 52,355,925 11,383,468 1,563,237 4,985,008 162,441,414
    2025 41,749,703 56,668,519 55,591,608 12,132,800 1,629,899 5,314,074 173,086,603

    DRSE, MEPA, 2025.

    Le tableau ci-dessous montre la chronologie synthétique des principaux chocs climatiques, écologiques, sanitaires et politiques ayant bouleversé l'élevage pastoral au Tchad depuis son indépendance en 1960 à nos jours.

    Tableau 2 : Chronologie des chocs majeurs et impacts sur le pastoralisme tchadien
    Période / Années Chocs majeurs Nature du choc Impacts majeurs sur l'élevage pastoral
    1969 - 1973 Grande sécheresse sahélienne Climatique • Décimation massive du cheptel (perte de plus de 40 à 60% des bovins). • Début de la modification profonde des routes traditionnelles de transhumance vers le sud humide. • Appauvrissement brutal et sédentarisation forcée des premières vagues de familles pastorales.
    1979 - 1985 Guerres civiles et sécheresse de 1983-1984 Politique / Militaire / Climatique • Insécurité totale entravant la libre circulation et la mobilité stratégique des troupeaux. • Deuxième grande famine pastorale (1984) provoquant une nouvelle hécatombe d'animaux. • Perte de contrôle sur les couloirs de transhumance historiques.
    1982 - 1983 Épizootie de peste bovine Sanitaire • Mortalité foudroyante au sein des troupeaux de bovins non vaccinés. • Effondrement de l'économie familiale des éleveurs et des exportations de viande sur pied.
    1990 - 2000 Pression démographique et front agricole Socio-économique Rétrécissement des couloirs de transhumance par l'extension des champs cultivés au Sud. • Émergence des « néo-éleveurs » (investisseurs urbains ou militaires possédant d'immenses troupeaux) déstabilisant le pastoralisme traditionnel.
    2003 - 2010 Crise du Darfour et rébellions à l'Est Géopolitique • Afflux massif de réfugiés et de bétail soudanais à l'est du Tchad. • Surcharge généralisée des pâturages et épuisement des points d'eau locaux. • Recrudescence du vol de bétail à grande échelle par les bandes armées.
    Années 2010 Insécurité transfrontalière (Boko Haram / Bassin du Lac Tchad) Sécurité • Fermeture des frontières commerciales avec le Nigéria et le Cameroun. • Perte d'accès aux riches zones de repli pastoral du Lac Tchad. • Chute drastique des prix du bétail sur pied faute de débouchés à l'exportation.
    2014 - 2016 Crise institutionnelle du Code Pastoral Juridique / Politique Retrait du projet de Code Pastoral en 2014 suite à de vives tensions politiques. • Persistance d'un flou juridique autour des droits fonciers et de l'accès aux ressources pour les nomades.
    2019 - 2022 Pandémie de Covid-19 et crise ukrainienne Sanitaire mondiale / Économique • Blocage des marchés de bétail et restrictions de mobilité lors des confinements. • Flambée des prix des aliments complémentaires pour bétail et des intrants vétérinaires.
    2021 - À nos jours Accélération du changement climatique et conflits agropastoraux sanglants Climatique / Social • Hausse des températures extrêmes (>45°C), assèchement accéléré des wadis et inondations violentes imprévisibles. • Sédentarisation croissante et forcée d'éleveurs du Nord vers le Sud. • Explosion de conflits agropastoraux de plus en plus meurtriers pour le contrôle de l'eau et des terres.

    NB : L'évolution depuis 1960 montre une transition progressive : l'élevage pastoral tchadien est passé de crises principalement climatiques et conjoncturelles (grandes sécheresses historiques) à des crises structurelles complexes mêlant insécurité régionale, pressions foncières violentes et dérèglement climatique permanent. Malgré ces chocs, ce système mobile reste le principal pourvoyeur de richesse du secteur rural tchadien.

    Tableau 3 : Récapitulatif du commerce du bétail sur pied
    Année Bovins Ovins Caprins Camelins Equins Asins
    2023 33,275 2,451 - 70 - 919 -
    2024 91,304 8,659 755 2,243 - 1,303 -
    2025 33,652 4,005 - 1,660 - 601 -
    Total 158,231 15,115 755 3,973 - 2,823 -
    DRSE, MEPA, 2025
    Tableau 4 : Récapitulatif des animaux abattus par espèce
    Espèce 2023 2024 2025
    Bovins 27,789 147,654 444,858
    Camelins 2,845 9,002 12,942
    Ovins 52,413 267,018 579,134
    Caprins 39,031 176,103 334,225
    Chevaux (équins) - - -
    Anes (asins) - - -
    DRSE, MEPA, 2025

    [1]: Le chiffre de 80% désigne les troupeaux élevés dans les systèmes pastoraux et agropastoraux combinés ; le RGE 2018 enregistre 26.3% des troupeaux sous systèmes strictement mobiles (transhumance 12.8% + nomadisme 13.5%), le solde étant sédentaire/agropastoral.

    [2]: Source et année à confirmer par l'auteur

    [3]: Source et année à confirmer par l'auteur

    Annexe - Contenu supplémentaire absent de la structure du gabarit-maître

    Déplacé ici verbatim par le pipeline de formatage : sous-structure de l'auteur ne faisant pas partie du gabarit-maître. Rien n'a été supprimé ; à réintégrer dans le corps ci-dessus si souhaité.

    Contexte national et aperçu de l'élevage

    Le Tchad, pays enclavé d'Afrique centrale, possède une économie et une géographie marquées par une forte dépendance aux ressources naturelles et au climat. Il se présente comme une vaste cuvette bordée de massifs montagneux comme le Tibesti au nord (3,415 m). Il couvre 1.284 million de km². On distingue trois zones climatiques majeures du nord au sud :

  • La zone saharienne (Nord) : un désert aride couvrant la moitié du pays.
  • La zone sahélienne (Centre) : un espace semi-aride propice à l'élevage pastoral.
  • La zone soudanienne (Sud) : une savane tropicale humide où se concentre l'agriculture.
  • Bien que le pétrole domine les exportations, l'économie reste structurellement agropastorale, occupant environ 80% de la population active. Le FMI projette le PIB 2026 à environ 23.5 milliards de dollars. Le pays fait face à des défis importants d'enclavement et de vulnérabilité climatique, se classant 190e sur 193 à l'Indice de développement humain (IDH) en 2025.

    Quant à l'agriculture, elle est le socle de la sécurité alimentaire. Le potentiel global de terres cultivables est estimé à 39 millions d'hectares pour tous systèmes de culture confondus, ce qui représente environ 30% du territoire national. Elle se divise en deux branches :

  • Cultures vivrières : mil, sorgho, maïs et riz pour la consommation locale.
  • Cultures de rente : le coton (historiquement moteur), la gomme arabique et l'arachide, et aujourd'hui le sésame avec une forte demande.
  • Le secteur reste majoritairement pluvial et peu mécanisé, ce qui le rend sensible aux aléas des précipitations.

    Le secteur de l'élevage est un pilier stratégique, souvent décrit comme la « seconde richesse » du pays après le pétrole, reposant sur un système pastoral mobile (transhumance) exploitant environ 84 millions d'hectares de pâturages, mais le manque d'infrastructures (puits, abattoirs modernes, usines de transformation du lait) et les conflits entre agriculteurs et éleveurs pour l'accès aux ressources freinent son industrialisation.